ALFI, loger et accompagner pour un parcours résidentiel réussi

Flash initiatives locales
N°187
juin 2020
Le Flash est un journal mensuel, dans lequel vous pouvez retrouver les initiatives locales, sociales et innovantes,
menées par l’ALFI, les ESH et sociétés coopératives HLM du Groupe Arcade-VYV.
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ALFI

Abdelaziz Niati / Responsable de pension de famille, Jean-Paul Cocot / résident, Marcel Le Guen / résident, Patrick Cuvilliez / résident


D’une vie à l’autre, de la rue au logement

Depuis janvier 2019, l’ALFI et le Laboratoire Educations et Pratiques de Santé UR3412, de l'Université Sorbonne Paris Nord-Campus de Bobigny, mènent une recherche collaborative dans le cadre du logement d’abord.


Cette recherche, portée par Coopérer pour Habiter, en tant que maison mère du pôle HLM du Groupe Arcade-VYV, est soutenue par le Fonds pour l’Innovation Sociale (Fédération des ESH) et la Caisse de Garantie du Logement Locatif Social. 

Un comité formé de co-chercheurs (résidents/locataires, chercheurs et professionnels) a en charge de mener le protocole, d'élaborer les guides d’entretien, de recueillir les données, de les analyser, de produire et de valoriser les résultats. Les co-chercheurs ont été formés préalablement au sein du centre de simulation en santé de l'Université.

Ci-dessous : les co-chercheurs résidents et professionnels s'entraînent à mener des entrevues semi-dirigées

 

Début 2019, l’aventure commence donc pour les co-chercheurs résidents et professionnels de l’ALFI engagés dans la recherche. Ils contribuent à travailler sur l’objectif : « Comment les résidents ayant connu un parcours sans domicile construisent leur maintien dans un logement durable », le but étant de faire émerger et recueillir les différentes opinions provenant des résidents ciblés. Associer les co-chercheurs aux différentes étapes fait partie des critères de qualité d’une recherche collaborative.

Ainsi nous vous transmettons le témoignage d’une partie de l’équipe des co-chercheurs après une année d’engagement et de travail passionnant.   

Les co-chercheurs expliquent les motivations qui les ont amenés à s’engager dans cette recherche :

Marcel : _ « Ce qui m’a intéressé et motivé pour cette recherche c’est qu’on nous a demandé notre avis et notre vécu. Habituellement les gens au pouvoir ne nous demandent pas notre avis, et pensent par eux-mêmes. Ici on nous a demandé de participer. Et d’avoir la place de co-chercheur, c’est valorisant d’être au même niveau que les participants de l’ALFI ».  

Patrick : _ « Je me suis engagé dans ce projet afin de pouvoir aider les autres. C’est le côté social qui m’a attiré dans ce projet. Au fur et à mesure du temps j’ai fini par développer un réel intérêt dans ce projet. Je pense que si les Pensions de Familles avaient existé bien avant, beaucoup de gens à la rue auraient pu se sentir tirés vers le haut. Le fait d’être « baladés » entre les foyers d’hébergement peut devenir très décourageant, et ainsi ramener vers le sans-abrisme ».

Jean-Paul : _ « J’ai décidé de me lancer dans ce projet déjà parce que ça m’a permis de trouver une occupation. Mais aussi de pouvoir faire quelque chose de mon vécu afin de pouvoir aider.
J’espère vraiment que ce projet servira à quelque chose ».

Abdelaziz : _ « J’ai accepté de participer à la recherche, prenant l’opportunité de gagner du temps dans la construction du lien avec les résidents ». 

 

Malgré une appréhension légitime, le travail de recherche se construit sur le terrain :  

Marcel : _ « On s’imagine avoir énormément galéré dans nos parcours. On pense toujours avoir vécu la pire situation. Mais en interviewant les autres résidents, on se rend compte qu’il y’a des histoires toujours plus difficiles que les nôtres. Il y’a un aspect convivial dans ce projet. Je suis devenu plus sociable ». 

Patrick : _ « Ça m’a permis de mieux comprendre le vécu des autres ».

Jean-Paul : _ « On se dit en fin de compte qu’il y’a toujours pire ». 

Abdelaziz : _ « j’ai rencontré des personnes formidables qui composent le comité de recherche restreint ». 

 

Les rencontres en comité de recherche restreint sont aussi un lieu de formation privilégié :

Marcel : _ « J’ai beaucoup aimé réaliser les focus-group. Nous avons demandé aux personnes concernées ce qu’elles avaient trouvé de positif et négatif dans les pensions de famille, questions que nous avions préparées en amont. Nous avions tout organisé de A à Z ». 

Patrick : _ « J’ai appris plein de choses, et j’espère que cela servira à quelque chose, que cette recherche participera à ouvrir plus de logements durables. J’ai aussi constaté qu’il y’avait un côté très sérieux ». 

Jean-Paul : _ « Pour la formation, j’ai bien aimé aller à Bobigny [LEPS UR 3412, Université Sorbonne Paris Nord], apprendre à réaliser les entretiens. C’est grâce à cet apprentissage qu’on a eu la technique pour mener les focus group, que nous avons réalisés seuls et avec facilité. Et aussi grâce à notre expérience des entretiens individuels auprès des résidents des différentes pensions de famille ».  

Abdelaziz : _ « J’ai appris beaucoup à travers les interviews et le groupe de co chercheurs ; j’ai accédé à une formation enrichissante sur le terrain, j’ai appris à considérer les personnes pour qui j’œuvre à travers mon travail. Cette année de cheminement nous permet une remise en question et un travail sur nous-mêmes »

Marcel : _ « Ce qui m’a étonné c’est que ça n’a pas remué mon passé. J’avais peur de revivre des mauvais souvenirs. Peut-être parce que je me suis blindé ? ». 

Patrick : _ « Travailler avec les chercheurs, le réalisateur et les professionnels de l’ALFI a été une expérience humaine pour laquelle nous avons pris du plaisir dans la convivialité et apprécié l’aspect sérieux de l’étude ».  

Jean-Paul : _ « Il y a aussi des similitudes entre les parcours de chacun. Notamment sur comment vivre dehors. Comment manger ? boire ? se laver ? dormir ? On se rend compte qu’on a fini par être hébergés dans les mêmes structures. Mais tout le monde n’avance pas de la même façon ».

Abdelaziz : _ « Un mot que je mets en avant dans cette aventure « Humilité » en lien aux situations d’exclusion et de précarité ». 

Ci-dessous : rencontres du comité de recherche restreint

 

Nous ne sommes pas venus à reculons ; nous sommes au même niveau que les autres membres des comités de recherche, lors des réunions et des actions sur le terrain pour la recherche. Nous sommes fiers d’avoir participé à ce groupe et remercions aussi les rencontres positives tout au long de notre parcours, dans la rue et les différentes structures. 

Patrick _ « si ça ne marche pas là, ça marchera ailleurs ».

Marcel _ « Le logement précaire nous semble inadapté pour avancer vers la dignité ».

Jean-Paul _ « N’importe comment, il y a des bons moments que les résidents interviewés ont eu dans leur vie ».  

 

Et la recherche se poursuit. Au plaisir de vous communiquer prochainement les premiers résultats de cette belle aventure.   

 

Crédit photo : François Havez